Fév 162013
 

Jésus aurait dû être pressé d’annoncer la Bonne Nouvelle. Mais voilà qu’il prend quarante jours de silence, de solitude et de prière. Que de temps perdu ! ou plutôt quelle préparation nécessaire pour l’action ! Le démon lui propose de développer les énergies habituelles : l’ambition, le pouvoir, les solutions faciles. Mais il y a une autre énergie : la Parole de Dieu. Elle n’enlève pas les obstacles. Dieu ne dit pas « laisse moi faire à ta place » car alors il ne nous aimerait pas vraiment. Dieu ne change pas les choses difficiles. C’est notre cœur qu’il veut changer.

Ne nous méprenons pas sur ce mot « tentation ». La tentation n’est pas le péché. La tentation c’est l’heure du choix. Jésus est tenté parce qu’il est vraiment un homme. Sa liberté humaine, sa personnalité humaine sont visibles. On ne peut pas dire que pour Jésus – parce qu’il est le Fils Bien Aimé de Dieu- tout est résolu d’avance. Jésus n’a pas fait semblant d’être tenté. Il est vraiment l’un de nous. Même le démon s’y est trompé (« si tu es », puisque tu prétends être le Fils de Dieu) et si le diable intervient, il montre malgré lui ce jour là, que Dieu demande une réponse libre.

Sans le vouloir le démon nous fait comprendre à quel point nous sommes libres. Nous autres nous pouvons dire Non à Dieu. Le démon se trompe, il propose des moyens magiques pour écarter les difficultés et éblouir les autres. Jésus nous dit que la Parole de Dieu ne permet pas d’échapper à l’effort de vivre. Croyons nous que nous allons changer ce monde mauvais avec des techniques et nos sciences ? Tant que l’homme cherche son bonheur dans les choses, dans l’argent, dans les énergies polluantes, il est encore un primitif et un sauvage.

C’est autre chose de nous appuyer sur un Dieu qui est entré dans notre vie humaine. Pendant cette quarantaine terrible, Jésus mesure l’énormité de ce qu’il va entreprendre. Proposer une justice et une manière d’aimer qui va bien au-delà de ce que nous pouvons faire. Et au-dessus lever les yeux vers Dieu, avoir un immense besoin de lui et prendre inlassablement le chemin de sa Parole.

Parce qu’au cœur de nos vies il y a le désert. Qui d’entre nous ne se sent terriblement pauvre, incapable d’accueillir, de partager, de renoncer à soi ? celui qui –comme Jésus ose le chemin du désert- quitte le cocon faussement protecteur du bruit et des distractions de la ville. Trois tentations nous menacent « avoir » (ce que je possède me permet d’exister) (pouvoir » (j’existe si je suis le plus fort) « valoir » (j’existe si je suis apprécié dans l’opinion).

Quarante jours Jésus s’est livré en otage à la faim, à la solitude. Il est allé volontairement se ranger à coté des sans-forces, des mal-nourris, de ceux dont la société ne tient pas compte. Jeûner est un cri que Dieu entend parce que nous préférons plutôt mourir que d’exploiter ou d’être exploité. Alors Dieu nous interpelle d’une manière bien plus forte qu’avec les commandements du Sinaï. Le diable veut détruire cette humanité dans laquelle Dieu a voulu entrer. Avec Jésus nous refusons de nous mettre à genoux devant n’importe quoi. Nous n’avons besoin que de la Parole de Dieu. Ce que le diable redoutait le plus.

 

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 17 février