Jan 242014
 

On dirait le générique d’un film que l’Évangile de Marc va dérouler. Un flash sur l’arrestation de Jean Baptiste. Le scénario un peu emphatique d’Isaïe sur la Galilée. Le casting des personnages à qui Jésus demande une sorte de pêche impossible. Peut-on capturer les hommes comme on enferme des poissons dans un filet ? (C’est vrai aujourd’hui qu’il y a des filets publicitaires ou idéologiques qui sont des pièges). Jésus sentira l’ambiguïté de cette image et préfèrera celle du moissonneur qui récolte ce qu’il n’a pas semé.

Jésus ne va demander qu’une seule chose : être suivi. Suivre Jésus. Ne pas être où Jésus n’est pas. Ne pas aller où Jésus n’ira pas. Aller où il va. Mais ne pas le quitter, lui, Jésus. Même s’il marche devant nous et que nous ne voyons pas très bien où il va nous mener. Nous ne pouvons pas le dépasser, le devancer, et aller plus vite que lui. Nous ne pouvons que marcher derrière lui sans le quitter des yeux. Comme des pauvres qui n’en reviennent pas d’avoir été appelés. Sans autre souci que de le suivre et de quitter tout le reste.

Ils n’ont plus besoin de barques et de filets. Si pêche il y a, ce ne sera pas pour capturer de force les hommes. Jésus semble ignorer qu’ils ont chacun leur histoire, leurs habitudes, leur famille, femmes et enfants. Ils le suivent sans poser de questions. Est ce que Jésus les a choisis par hasard sans leur donner le temps de répondre ? On peut comprendre que Jésus a voulu être le contraire des maîtres de son temps. On choisissait celui qui parlait bien et qui était sympathique. Jésus ne veut pas être comme cela. Il prend l’initiative. Il ne dit pas « viens m’écouter » il dit « suis moi ». C’est ma personne, pas mon enseignement que tu dois suivre. Il faut accepter tout de suite. Il faut engager toute ta vie. Ce qu’ils abandonnent n’est pas abandonné mais se situe derrière Jésus. Il était essentiel qu’ils aient connu la vie de famille et ce travail d’équipe des pêcheurs.

Il leur suffira de marcher derrière Jésus pour que commence le Royaume de Dieu. Mais pourquoi encore aujourd’hui ce royaume n’est il pas visible ? Nous avons bâti des cathédrales mais beaucoup de nos églises sont vides. Nous avons su bâtir des hôpitaux mais beaucoup d’hommes ne sont pas soignés. Nous avons soigneusement rédigé la « déclaration des droits de l’homme » mais on continue de se massacrer ici et là. Et nous avons piétiné nos forêts et empoisonné nos rivières. Est-ce que Jésus n’ouvre pas de nouvelles priorités ? Est-ce que nous marchons toujours derrière lui ? Aujourd’hui ?

Quel message retenir ? Il faut se donner à Jésus ensemble mais dans une relation personnelle et sans condition. Le reste n’est important que s’il est offert à Jésus et marqué de son empreinte. La foi est un mouvement, une marche derrière Jésus. Ce mot grec que nous traduisons par « se convertir » veut dire « reprendre continuellement la direction, vouloir le même chemin que Jésus avec obstination ». Et Jésus est capable de tirer de chacun de nous beaucoup plus que ce que nous croyons pouvoir faire. Jésus a choisi des ouvriers de la pêche pour sonÉglise. Les évêques et les prêtres d’aujourd’hui ne sont peut être pas plus malins que ces pêcheurs de poissons mais comme eux ils veulent suivre Jésus à travers tous les pays du monde et cela suffit.

Abbé George PÉRIÉ

Lectures dominicales du 26 janvier