Déc 252017
 

Noël est de loin la fête la plus chère au peuple chrétien, et dépasse les strictes limites de la liturgie ; c’est la fête la plus entourée d’un imaginaire populaire, d’une atmosphère particulière, qui sont comme un complément au récit, d’ailleurs assez succinct, des Evangiles. En effet, qu’y-a-il de plus gracieux, de plus aimable qu’un petit enfant ? « Personne n’a jamais vu Dieu », dit Saint Jean (1,18), mais son Fils nous l’a fait connaître, en se montrant justement sous l’aspect d’un nouveau- né. Si Dieu dans l’Ancien Testament était plus craint qu’aimé, comment pouvait-Il attirer l’homme à lui par l’amour, si ce n’est pas par un frêle enfant ? Quelle merveille Dieu n’a-t-il donc pas accomplie en s’incarnant, en se glissant, pour ainsi dire, dans les étroitesses d’une chair d’enfant et en prenant pour demeure le sein d’une vierge. « O bienheureuse enfance ! – s’écrie Saint Augustin – enfance qui répare la vie du genre humain ! O trois fois agréables et joyeux vagissements, par lesquels nous échappons aux grincements de dents et aux éternelles larmes ! O heureux langes avec lesquels nous essuyons les souillures des péchés ! O crèche splendide dans laquelle, à la place du foin des animaux, on trouve la nourriture des anges ! » (Sermo III de Nativ.).
Oui, le Verbe de Dieu n’a pas craint de passer neuf mois dans le sein de la Vierge Marie, ce tabernacle vivant, cette nouvelle Arche d’Alliance, qui ne contenait plus la manne, mais le pain vivant descendu du Ciel. Le corps de Marie, immaculé comme son âme, était sublimé, comme spiritualisé, semblait être transparent, ou plutôt évanescent dans la lumière du Verbe en elle, et est venu au monde comme un rayon de lumière à travers un cristal très pur, sans lui porter aucune atteinte. Le grand poète Dante fait dire à Saint Bernard cet éloge: « Vierge Mère, fille de ton Fils, humble et élevée plus qu’aucune créature, terme fixe d’un éternel conseil, tu es celle qui a tant a ennobli l’humaine nature, que son auteur ne dédaigna point de s’en revêtir. En ton sein se ralluma l’amour, par la chaleur duquel dans l’éternelle paix ainsi a germé cette fleur. Ici, pour nous, tu es en son midi le flambeau de la charité, et en bas, parmi les mortels, tu es la vraie fontaine d’espérance. » (Paradis, chant 33).
Laissant de côté les raisonnements théologiques, laissons parler le cœur, pour expérimenter, comme Marie, la proximité de l’Emmanuel, Dieu avec nous. Noël a une grâce qui touche l’homme au plus profond de son être, et le fait redevenir enfant : « bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ». Dans le regard de cet enfant qu’elle embrassait, chair de sa chair, elle y contemplait les abîmes de la Divinité. Le Fils de Dieu est passé par l’enfance, comme les autres enfants. Il avait besoin d’être nourri, choyé, embrassé, protégé, en régnant en même temps dans les Cieux. Il a été donc vraiment un enfant, avec les goûts, la psychologie, la faiblesse, les limites des enfants, tout en étant conscient d’être Dieu. Jésus enfant, ne feint pas de jouer, de pleurer parce qu’il avait faim ou d’aider plus tard saint Joseph, son très cher père adoptif, dans son atelier.
Comment parler de l’Enfant-Jésus, si ce n’est pas à travers le regard de Marie ? Le ressentir à travers les battements de son cœur, ses sentiments, ses émotions. Lorsqu’on tient un nouveau-né dans ses bras, spontanément, on croise son regard, on lui sourit, on ne se lasse pas de le contempler, on lui prend ses petites mains, on caresse ses petits doigts qui paraissent si menus. Eh bien, nous pouvons essayer d’imaginer la Sainte Vierge caressant son enfant, le couvrant de baisers. Elle savait qui était son fils, elle savait d’avoir porté dans son sein le Seigneur de l’Univers. Ses petites mains si frêles, sont celles par lesquelles le Dieu tout puissant à tout crée. Certes, Dieu Créateur n’avait pas de corps, étant pur esprit, mais en s’incarnant il a assumé une nature humaine, un corps et des mains ; des mains qui, des années plus tard, toucheront notre infirmité, consoleront, guériront des maladies, chasseront les démons, formeront en nous l’homme nouveau, et… seront enfin transpercées par des clous.
« Si nous mettons nos mains dans celles de l’Enfant divin, si nous répondons oui à son « Suis-moi », alors nous sommes à lui et il n’est plus d’obstacle au passage de la vie divine en nous. Nous commençons alors à vivre de la vie éternelle. Certes, nous ne jouissons pas encore de la vision bienheureuse dans la lumière de gloire. Nous cheminons toujours dans l’obscurité de la foi, mais nous ne sommes plus entièrement de ce monde, nous appartenons déjà au royaume de Dieu…Quand la Vierge, bienheureuse entre toutes, prononça son Fiat, le royaume de Dieu apparut sur la terre et elle en fut la première servante. Caresser les mains de Dieu…c’est comme lui dire : tout ce que tu feras pour moi est le signe de ta tendresse pour moi. Ta volonté s’exprime aussi dans tes mains si fragiles…Seulement dans le Christianisme, Dieu laisse « toucher » sa volonté. » (Mystère de Noël, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, Edith Stein).
Quelle que soit la décadence humaine, l’Innocence même est venue se faire caresser par les pécheurs, dans la certitude que l’amour mendié par un enfant, c’est à dire la révélation de la beauté non affectée par le mal, est l’arme la plus puissante pour convertir au bien un cœur obstiné, en l’enrôlant dans l’armée lumineuse des fils de Dieu.

Saintes et Joyeuses fêtes de Noël !

Don Carlo Cecchin