Nov 162018
 

Que fêtons nous lorsque nous célébrons l’anniversaire de cette dédicace. En fêtant le bâtiment, nous célébrons les pierres, ces pierres vivantes que nous sommes et qui sont en fait les membres du Corps du Christ. Nous célébrons non pas la construction visible mais le Corps mystique du Christ dont les murs qui nous entourent ne sont que le signe, signe important et précieux parfois, mais qui ne servent qu’à contenir le joyau incomparable de la présence du Sauveur. Fêter la dédicace et particulièrement celle de notre église Sainte-Odile, c’est rendre grâce pour notre Mère la sainte Eglise qui nous a enfantés, nourris et aimés en ne ménageant pas sa peine afin de nous faire grandir dans la foi, l’espérance et la charité. Comme il est doux alors de nous retourner vers elle, de manifester notre joie et notre reconnaissance dans un grand chant de louange. Nous nous rendons si souvent dans ces lieux pour la messe que nous oublions parfois que nous ne serions rien sans l’Eglise. Nous qui sommes ici rassemblés, nous devons alors manifester la prière et la grâce qui en découle en nous rappelant ce que doit être ce temple de Dieu, ce tabernacle recelant la présence vivante et indéfectible du Sauveur : un lieu purifié de tout péché, un lieu dont l’unique offrande ne peut plus être de vulgaires animaux mais le Fils éternel qui s’offre au Père pour le pardon des péchés.

Jusqu’à l’Incarnation, le Temple de Jérusalem restait le lieu de la présence de Dieu, le lieu de l’expression de sa gloire. Depuis, Le temple de pierre a pu être détruit, mais qu’importe puisque le Temple véritable, après trois jours a été instauré définitivement. C’est donc l’humanité du Christ, vous l’aurez compris qui devient désormais le Temple de la loi nouvelle, mais cette humanité doit être prise dans sa totalité, c’est-à-dire qu’elle est le Corps mystique tout entier. La demeure de Dieu c’est désormais la communauté chrétienne dont la tête est au ciel et dont les membres achèvent leur pèlerinage. Vous-mêmes dit ainsi saint Paul aux romains, « comme des pierres vivantes, entrez dans la structure de l’édifice pour former un temple spirituel, un sacerdoce saint, afin d’offrir un sacrifice spirituel ».

L’Eglise, cette ecclesia ou rassemblement des hommes, parce qu’elle est mue par l’Esprit et qu’elle ne cesse de s’offrir par le Fils au Père, présente de la sorte une offrande pure qui est parfaitement agréée. Il est toujours tentant, de la sorte de présenter à Dieu sa propre offrande, sa propre prière, sa propre foi, mais l’on risque alors de tomber dans le subjectivisme et l’objet de notre prière risque de manquer sa cible. Si l’Eglise est le Corps du Christ, et le Temple de l’Esprit, alors son offrande ne peut être que le Christ et donc nous-mêmes unis à Lui par notre baptême qui nous offrons dans chacune de nos eucharisties. Voilà une prière sûre que l’Eglise nous transmet, sans bœuf, sans brebis, sans colombe, sans qu’il est besoin d’acheter quoi que ce soit puisque le Christ qui célèbre est à la fois l’autel, le prêtre la victime et le Temple. Ainsi la Messe sans abolir l’ordre ancien du temple de Jérusalem, nous fait-elle retrouver dans les profondeurs de notre mémoire le premier geste religieux de l’humanité, l’offrande du pain et du vin, celui de Melchisédech, le grand prêtre, et celui dont elle fait le sacrement de sa présence. Elle nous fait, au seuil du saint des saints, ressentir la crainte du peuple hébreu dans sa plus haute expression en disant le sanctus. Tout est ici rassemblé, restitué à sa signification, ramené au Père par le Christ. Elle nous rend témoin au moment de l’épiclèse de la descente du feu qui vient attester, en consumant les victimes, qu’elles ont été agréées par Dieu, non plus le feu matériel comme au temps d’Elie, mais feu spirituel qui vient consommer toutes les souillures de nos péchés et consacrer la communauté des croyants à la gloire du Père. C’est tout cela que nous célébrons et tant d’autres choses encore lorsque nous fêtons la dédicace d’une église. Rendons gloire à Dieu qui ne nous a pas laissés sans gîtes ni couverts mais qui a créé l’Eglise pour nous abriter et nous nourrir et disons avec le psalmiste « J’aime la beauté de ta maison et le lieu où réside ta gloire ». Et encore « j’ai demandé une chose au Seigneur, la seule que je cherche, habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie ».

Abbé Alexis de Monts, vicaire

Lectures dominicales du 18 novembre