Mai 272011
 

Pour nous les modernes, cette affirmation a quelque chose d’incompatible : comment lier l’amour aux commandements, c’est-à-dire à des règles ? Dans l’amour n’y a-t-il pas absence de contrainte ? « Voici qui aime » écrit Saint Augustin (Traité LXXV sur l’Evangile de Saint  Jean)  « celui qui a les commandements dans la mémoire et qui les garde dans sa manière de vivre ; qui les a dans ses discours, et qui les garde en ses mœurs ; qui les a en les écoutant et qui les garde en les pratiquant, ou qui les a en les pratiquant, et qui les garde en y persévérant. C’est par les œuvres que l’amour doit se montrer, s’il veut être autre chose qu’un vain mot ». Ainsi l’amour devient sérieux et n’est pas laissé à l’inconstante fragilité de l’émotion ou à d’éphémères bonnes intentions. Aimer signifie être fidèles. « Et celui qui m’aime » dit Jésus, « sera aimé par mon Père ; et moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui ». L’amour de Jésus s’est manifesté par la croix. Là, sa vie est devenue offrande, et à présent son oblation continue dans l’Eucharistie, sacrement permanent de l’amour de Jésus pour l’Eglise et le monde.

Mais, en réfléchissant, ne faut-il pas plutôt inverser la question ? Pourquoi observe-t-on les commandements ? Justement parce qu’on aime Dieu ! L’obéissance révèle la vérité de l’amour ; si nous ne faisons pas la volonté de Dieu, nous vivons dans le mensonge, or c’est la vérité qui nous rend libres. « Si vous m’aimez… »: Jésus nous laisse donc libres de l’aimer ou de ne pas l’aimer, la liberté n’étant pas une fin, mais un moyen. Mais en même temps, il nous invite à demeurer dans « l’Amour » qui, comme dit le « divin » poète Dante dans le Paradis : « meut le soleil et les étoiles », c’est  le « Premier Amour »,  le moteur de tout. Jésus ne part donc pas de la nécessité d’observer les commandements, mais de l’amour que chacun doit avoir envers Lui. Si nous l’aimons, Lui qui nous a aimés plus que tout, jusqu’à donner sa vie pour nous, alors il sera facile pour nous de mettre en pratique ce qu’il nous demande. « Si vous m’aimez, vous observerez mes commandements » : c’est le point de départ de la vie chrétienne. On comprend alors mieux cette phrase de Saint Augustin : « aime, et fais ce que tu veux » (Ama et fac quod vis). Celui qui aime comprend toutes les exigences de la personne aimée et se fait un devoir d’exaucer tous ses désirs : l’amour est une « contrainte » qui ne fais pas sentir le poids de l’obéissance. Celui qui n’aime pas, fera tout à contrecœur, sans élan et sans comprendre la valeur de ce qu’il fait. Ainsi en est-il pour le Seigneur : sans l’amour, toute prière, tout acte de culte devient celui de l’esclave ou de l’intéressé. Seul l’homme libre est vraiment capable d’aimer, c’est-à-dire de présenter l’hommage de sa volonté, en plus de celui de son intelligence, envers Celui qu’il reconnaît comme son Dieu et son Rédempteur.

Seul celui qui l’aime peut connaître Dieu et en faire l’expérience. Il est évident, observe Saint Thomas d’Aquin que : « l’Esprit Saint étant  Amour, il ne se donne qu’à ceux qui aiment » et il n’est pas surprenant qu’il console, justement parce que  c’est l’amour qui donne consolation et suscite la joie ». En effet, à celui qui observe ses commandements, Jésus ne promet ni honneurs, ni biens matériels comme récompenses, mais le don total de lui-même, uni à l’amour du Père, par l’Esprit Saint. Celui qui croit, et le montre en observant ses commandements, Jésus priera son Père pour compléter son œuvre de sanctification en envoyant l’Esprit Saint. Le Saint Esprit, qui est « Esprit de Vérité », nous fera connaître ce que le monde est incapable de recevoir. Sur son impulsion, nous sommes conduits à la connaissance de Jésus Christ. Nous ne sommes plus orphelins, mot qui appartient à l’expérience de la mort et de la séparation : « parce que je vis, vous vivrez aussi » ; cette petite phrase rend compte de toute notre espérance : j’appartiens au Dieu vivant et Lui à moi.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 29 Mai 2011