Mar 152019
 

En ce deuxième dimanche de carême, nous sommes invités à quitter le plat désert des tentations pour monter sur l’Horeb, afin d’être les témoins avec Pierre, Jacques et Jean, de la transfiguration du Seigneur.

Cet épisode évangélique se présente un peu comme la rencontre du club biblique d’alpinisme qui regroupe tous les champions connus. Le premier de cordée se trouve être Moïse, pionnier dans l’ascension de l’Horeb du moins, celui qui a ouvert la voie, puis vient en deuxième position le prophète Elie, qui, comme Moïse, séjourna dans le désert avant de rencontrer Dieu dans le silence d’une brise légère.

C’est donc au tour de Jésus de gagner ses galons de guide de haute montagne en emmenant avec lui trois de ses disciples afin de les former à leur tour. La montée du mont de la transfiguration constitue donc, dans cet esprit de carême, le chemin nécessaire qui conduit à la transfiguration finale de la croix sur le mont du calvaire. Elle annonce et justifie a priori l’échec apparent de la mort du Christ le vendredi saint. Elle l’annonce car ce dont parle Jésus avec Moïse et Elie est tout entier centré sur cet exode, c’est-à-dire cette sortie finale de l’esclavage de la mort et du péché pour l’entrée définitive dans le royaume de Dieu. Elle le justifie car elle permet, dans une certaine mesure, de préparer le scandale et la folie de la croix.

C’est en ayant l’évidence partielle de la divinité de Jésus que les apôtres pourront comprendre la mort du Christ, qu’ils pourront comprendre que le Fils de l’homme devait être livré aux pécheurs et être crucifié, puis, le troisième jour, ressusciter. Il n’aura de cesse de le leur rappeler après la résurrection : « n’est-ce point-là ce que devait souffrir le Christ pour entrer dans sa gloire ? ». Tout ce que disaient et annonçaient les Ecritures devait aboutir à la plénitude de leur révélation dans la personne de Jésus. C’est ainsi que Moïse et Elie sont présents non pas seulement parce qu’eux-mêmes ont vécu leur carême et escaladé leur montagne, mais aussi parce qu’ils représentent la loi et les prophètes, c’est-à-dire l’Ancien Testament qui se tourne désormais vers le Nouveau, récapitulé et accompli dans le Christ.

C’est ce que doivent comprendre ces pauvres apôtres apprentis alpinistes de la foi afin d’emmener à leur tour les cohortes de fidèles par-delà les glaciers des neiges éternelles. Ils apprendront également à éviter prudemment tous les couloirs d’avalanches propices aux chutes mortelles de l’hérésie et du schisme, ainsi que les orages tout aussi violents que subits que le monde déchaînera tant et tant contre ces frêles cordées qui ne semblent que vouloir tomber sous l’assaut répété des éclairs et du vent.

Alors chaussons nos crampons de la foi que nous avons reçus à notre Baptême, encordons-nous vigoureusement les uns les autres grâce à l’Esprit-Saint et suivons ces guides si avisés que l’Eglise nous donne, formés à la meilleure école, celle de la charité, et montons plein d’Espérance sur la montagne de la Jérusalem céleste par-delà les collines des désolations terrestres où nous attendent les éternelles blancheurs de la félicité divine.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 24 Mars