Avr 162016
 

Tous les ans, le IVème dimanche de Pâques nous rappelle la belle et aimable figure de Jésus, Bon Pasteur, vrai berger de nos âmes. Ou plutôt du Beau Pasteur, comme il est dit dans le texte grec: « ποιμήν ο καλός”, poimḗn o kalós », le beau pasteur, beau ayant ici une connotation morale et non esthétique. Nous voilà alors emportés dans des paysages idylliques, dans de verts pâturages, qu’enchâssent les fleurs comme des pierres précieuses, telle l’abside d’un magnifique vert émeraude de la basilique St Vital de Ravenne. Images très pascales, qui évoquent la paix, la joie, la sérénité. L’image du pasteur évoque un monde lointain, que l’on a tendance à idéaliser, à embellir. Eh bien, détrompons-nous : dans la réalité, un berger de Palestine du temps de Jésus avait une vie rude, difficile et parfois dangereuse.

Mais les chrétiens ne sont pas toujours des poètes qui contemplent à l’envie des scènes champêtres, une Arcadie imaginaire, comme celle décrite par Virgile dans les Bucoliques. Dans la Ière lecture de ce dimanche, tirée des Actes des Apôtres, nous voyons Paul et Barnabé chassés d’Antioche de Pisidie. Très vite les Apôtres ont connu l’incompréhension et la persécution. L’Église persécutée, c’est l’Église de tous les temps. A partir du moment où nous annonçons Jésus Christ, Vérité, le démon grince des dents et se déchaîne. Il va tout faire pour nous arracher de la main du Seigneur. Mais nous avons été confiés à Lui par le Père et personne ne pourra nous arracher à Lui, car Jésus et le Père ne font qu’un. Hélas ! Nous pouvons aussi choisir de le lâcher !
Nous voyons donc d’un côté la fureur et la persécution, de l’autre la joie de croire, la joie de l’Esprit Saint des Apôtres.

Le chrétien est quelqu’un qui est passionné par Jésus, qui a le zèle pour l’annonce de l’Évangile, et non pas quelqu’un qui met en sourdine sa foi pour ne pas déplaire à ceux qui ne l’ont pas, comme j’ai pu le constater dans la prière universelle d’une paroisse. Les Apôtres n’ont pas agi ainsi ! Le passage de l’Apocalypse de la IIème lecture est dans le même registre : une foule immense de toutes nations, races, peuples et langues, se tient debout devant le Trône et devant l’Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main. Spectacle grandiose qu’il nous est bon de contempler. Oui, mais d’où viennent-ils ? « Ils viennent de la grande épreuve; ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le Sang de l’Agneau». Autrement dit, cette foule immense et magnifique, ce sont les martyrs qui ont versé – et plus que jamais continuent de verser- leur sang et l’ont mêlé au sang de l’Agneau de Dieu, le Christ crucifié et ressuscité. Maintenant leur épreuve est finie : ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus car ils sont désormais dans les verts pâturages du Ciel et ils entourent éternellement ce Bon Pasteur qui ne les a d’ailleurs jamais laissés seuls.
Cette vision signifie que nous sommes toujours dans la grande épreuve. Rien d’étonnant, dès lors, si notre vie chrétienne est un lieu de combat. Il est normal que nous soyons soumis à la contradiction et peut-être à la persécution.

De tous côtés, nous sommes invités, incités même, à laisser s’éteindre, petit à petit et sans douleur, notre foi, le feu de notre vie chrétienne, en nous conformant à cette société relativiste ou en réduisant notre foi à de simples valeurs humaines d’ouverture, d’accueil et de tolérance. Jésus a des paroles de vie éternelle ! Les disciples du Christ ne sont pas de bons petits moutons qui, pendant qu’ils suivent leur inoffensif pasteur, ne dérangent en rien la société qui se construit sans eux et souvent contre eux. Il est normal, par exemple, que nous ayons à manifester notre désaccord lorsque ceux qui nous gouvernent veulent nous emmener dans des directions opposées à notre foi. Il n’y a rien de pire que la résignation ! Notre foi peut et doit se réveiller. La preuve ? L’élan de foi qu’a suscité l’ostension extraordinaire de la Sainte Tunique d’Argenteuil qui a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer : « Quelle aventure ! » s’est exclamé un volontaire à la fin de l’ostension. En 17 jours, il y a eu plus de 200.000 pèlerins, environ 14.000 confessions, qui m’ont fait parfois paniquer et fondre en larmes… J’ai été moi- même étonné par la ferveur et l’enthousiasme du bon peuple chrétien de France et d’ailleurs qui semblait avoir disparu, par la piété des Chaldéens et de nos frères d’Orient. Tout ce peuple de Dieu en marche, souffrant et joyeux, regardait avec foi et amour cette Tunique du Christ, certainement tissée par Marie, la fixant des yeux comme des brebis observent leur pasteur pour mieux le connaître et le suivre. Car à travers cette Tunique, on contemplait Celui qui l’avait portée. C’est cette Foi populaire, simple, dévote, peut-être un peu naïve, voulant voir et toucher, telle celle que j’ai connue dans mon enfance et tant décriée par les soi-disant « chrétiens adultes », qui nous manque aujourd’hui, car le Règne de Dieu appartient à ceux qui ressemblent à des enfants et non pas aux « docteurs en Israël » ou d’ailleurs, qu’ils soient d’hier ou d’aujourd’hui.

Ce dimanche du Bon Pasteur est un jour où nous prions spécialement pour les vocations. Alors faisons-le de tout notre cœur car nous sommes tous concernés ayant tous besoins des prêtres, y compris les prêtres eux-mêmes ! C’est par eux que nous sommes pardonnés et avons l’Eucharistie, qui nous donne cette proximité, cette intimité avec Jésus, bien davantage que la sainte Tunique. Aidons les séminaires et soutenons l’œuvre des vocations ! Prions pour nos prêtres d’aujourd’hui et de demain !
Pour les parents, prier pour les vocations, c’est aussi créer un climat de foi et de piété propice à leur éclosion. Pour les jeunes, prier pour les vocations, c’est aussi se demander : pourquoi pas moi ? Dieu appelle aujourd’hui tout autant qu’autrefois, pourquoi si peu à répondre ? Nous tous, vous et moi, prions pour les vocations, pour les prêtres et séminaristes que nous connaissons, pour ceux qui sont en difficulté… Combien j’ai été ému lorsqu’une maman que je ne voyais pas depuis des années m’a dit : « vous savez, monsieur l’abbé, vous avez toujours une place dans la prière du soir avec les enfants ! ». Prions le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson.
Comme des enfants, agrippons-nous à cette main de Jésus, notre Bon Pasteur, Lui, ne nous laissera jamais tomber.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 17 Avril