Sep 302011
 

Nous pourrions  considérer la parabole des vignerons homicides comme une vraie théologie de l’histoire, de l’histoire humaine en général,  et celle du peuple élu – et du peuple de Dieu que nous sommes – en particulier.

Qu’est-ce que l’histoire humaine depuis le commencement, sinon l’histoire d’un amour continuellement en crise, l’histoire, d’un amoureux passionné, Dieu, et d’une épouse infidèle, l’humanité. Avec une longue suite de trahisons et d’infidélités, mêlées à l’homicide du « Juste », que depuis Abel on sacrifie sur l’autel de la méchanceté et de l’orgueil jusqu’au sacrifice de Jésus Christ,  l’Héritier  de Dieu. Avec celui des anges rebelles, le péché est toujours le même, dramatiquement récurrent : l’orgueil, qui  pousse continuellement l’homme à s’affranchir de Dieu, et même  vouloir prendre sa place. Le « je ne servirai pas » de Lucifer est toujours ce cri de blasphème qui sort du cœur de l’homme contre son Dieu. Devant les princes des prêtres et les pharisiens, Jésus fait allusion à son peuple qui se  rend indigne de l’élection divine, qui  a toujours opprimé et tué les serviteurs envoyés par le Maître de la vigne, les prophètes, les voix de Dieu. Et maintenant, voici que la « Parole » incarnée elle-même, le Fils de Dieu, son héritier  va être éliminée. La Passion de Jésus est proche. Cette perspective est terrible, car elle est celle de la mort des serviteurs indignes et du transfert de la vigne, c’est à dire du Règne de Dieu, à d’autres qui sauront en récolter les fruits. Interrogés par Jésus, ses interlocuteurs  donnent cette réponse en se condamnant eux-mêmes…

Certes, si le contexte immédiat est le rapport entre Dieu et Israël, toutes les paraboles de Jésus ne sont-elles pas comme une « histoire ouverte » de l’humanité de tout temps pour  chacun de nous ? Jésus reprend et continue la plainte de Dieu dans Isaïe que nous trouvons dans la Ière  lecture. Il y a là la clef et le ton de la parabole. Pourquoi Dieu a planté la vigne et quels fruits en attend-Il ? Quels fruits cherche-t’Il à récolter ? Les vignerons humains ne plantent certes pas une vigne et ne la  cultivent pas par amour mais par intérêt. Il n’en est pas ainsi de Dieu. Il crée l’homme, il fait alliance avec lui, non pour son intérêt, mais pour celui de l’homme, par pur amour. Et les fruits qu’Il attend en retour ne peuvent être qu’amour et justice, à son égard et envers  nos frères. Dieu fait tout cela  pour le bien de l’homme, non pour le sien propre.

Cette parabole est terriblement actuelle dans notre société occidentale qui proclame haut et fort la mort de  Dieu. Jésus est « chassé de sa vigne » par une laïcité absurde, expulsé d’une culture qui se déclare post-chrétienne, ou plutôt anti-chrétienne. Aujourd’hui l’ « Héritier » à abattre c’est  l’Eglise Catholique, la seule qui nous rappelle d’un façon plénière les exigences de Dieu et ce que nous sommes, sans craindre d’être honnie, décriée, haïe. On oublie trop facilement que  notre société  doit à la Foi et à la culture chrétienne tout ce qu’elle a produit de plus grand, de plus haut et de plus noble. Le seul fait que l’Eglise ait été autrefois puissante et influente – même si des hommes d’Eglise ont commis des erreurs – ne saurait pas expliquer cette fureur homicide d’une société qui n’a plus de repères et qui est devenue suicidaire. Il n’y a aucun autre exemple dans l’histoire. Et ceci est bon signe. Cette vigne  ravagée, piétinée par les animaux est devenue stérile, désolée.  Malgré tout cela, selon l’exhortation de St Paul aux Philippiens, faisons nôtre tout ce qui est vrai et noble, juste et pur,  ce qui est digne d’être aimé et honoré, vertueux et digne d’éloges. Fondés sur la « pierre d’angle » qu’ont rejetée les bâtisseurs, édifions continuellement le Règne de Dieu. Le « rêve » de Dieu est que Sa Vigne ne produise plus de grappes rouges de sang, de larmes acerbes et amères. Jésus est venu pour que nous ayons la vie, pour que nous l’ayons en abondance, pour que nous ayons sa joie en plénitude.

Abbé C. Cecchin

 

 

Lectures dominicales du 2 Octobre 2011